Figea-quoi ?

Conte de Noël à Caroufe

  • Le 22/12/2020 Mis à jour le 10/02/2021
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La presse locale a longuement parlé de l'horrible accident qui a conduit à la mort de Marie Gnant, l'hôtesse de caisse bien connue de tou& les Figeacoi&, mais qui s'est heureusement bien terminé.

Peu de gens connaissent par contre tous les détails de l'accident et c'est encore une fois le Figea-quoi? qui a dû s'y coller (le mot n'est pas trop fort, comme nous allons le voir). Voici le récit, minute par minute (et parfois même seconde par seconde), de l'accident tel que notre envoyé spécial a pu le reconstituer à partir des témoignages dignes de foi qu'il a recueillis sur place.

À 14:15 tapantes, Marie Gnant prend son service à la caisse n°2. Jusqu'à 15:06:59, tout se passe sans encombre.

À 15:07 et des poussières, un individu se présente à la caisse susdite avec une enclume qui ce jour-là faisait partie d'une promotion puisque le sympathique magasin offrait un lot de quatre petits tubes de colle à prise rapide. Du moins, c'est ce qu'avait compris ce client...

À 15:08 et des bananes, Marie lui fait gentiment remarquer qu'il a mal lu et que c'était bien écrit (mais en assez petits caractères, comme toujours) que le lot de colle était offert pour l'achat de DEUX enclumes.

De 15:08:15 à 15:09:48 a lieu une assez violente, bien que courtoise, altercation.

À 15:10 et des brouettes, le client projette violemment l'enclume sur le tapis roulant en disant “puisque c'est comme ça, ton enclume, t'as qu'à t'la mettre dans l'...” (les témoins n'étant pas tous d'accord sur le dernier mot, nous l'avons volontairement flouté).

À 15:10:15, Marie soulève à grand peine l'enclume et la pose par terre en se disant qu'elle irait la remettre en rayon plus tard.

À 15:10:30, elle s'aperçoit que l'enclume a écrasé tous les tubes de colle et qu'elle va maintenant devoir nettoyer le tapis.

À 15:10:50, elle s'empare rageusement du manuel d'hôtesse de caisse et l'ouvre à la page “Comment nettoyer mon tapis quand ya une tache?”

À 15:11:09, elle lit les consignes suivantes: “À l'aide d'un chiffon imbibé avec le liquide adéquat qui dépendra de la nature de la tache, frotter énergiquement la partie tachée du tapis tout en faisant lentement tourner ce dernier.” Hélas, la bouteille avec l'étiquette “ADÉQUAT” ne contient ce jour-là que de l'eau qui n'a aucun effet sur la colle et, après trois bonnes minutes d'efforts inutiles, Marie, se rappelant un cours sur les vases communicants qui n'ont pourtant rien à faire dans l'histoire, se dit qu'elle n'a qu'à mettre le tapis à tourner énergiquement et, elle, à frotter lentement.

À 15:15, Marie Gnant met donc la manette du tapis sur la position “à toute berzingue” et pose délicatement son chiffon sur le tapis. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'en faisant cela, elle ouvre un large boulevard à la Camarde qui la guette depuis sa naissance (comme elle nous guette tous, soit dit en passant). Les quelques secondes que Marie a mis à changer la vitesse du tapis a suffi à la colle pour atteindre un point de viscosité idéal pour s'accrocher au chiffon. Le tapis, dans sa course folle, entraîne donc le chiffon, la main qui le tient et le bras qui se trouve tout à fait normalement joint à ladite main.

En un éclair, la pauvre Marie se retrouve donc la figure littéralement collée au tapis sur lequel elle avait tout de même réussi à étaler un bon peu de colle. La tête, qu'elle avait heureusement assez grosse, se refuse à passer, du moins dans un premier temps... Les clients, qui avaient été dirigés vers les autres caisses et qui, depuis plusieurs minutes, se régalaient du spectacle, ignorant les cris de la malheureuse (il faut dire à leur décharge que les mots étaient totalement incompréhensibles, une de ses joues étant tirée d'une affreuse manière), commençaient à franchement se fendre la poire.

Mais laissons un instant Marie Gnant dans sa posture sans doute très désagréable et très certainement douloureuse pour aborder deux détails qui en temps normal n'auraient que peu d'importance mais qui, dans la situation actuelle, vont s'avérer cruciaux (rassurez-nous, ça ne prendra que quelques secondes). Primo, Marie était une grande adepte de stretching et elle avait même été élue deux fois Miss Caoutchouc du Quercy (pour cela, elle buvait un grand bol de latex bien chaud tous les matins et grignotait de temps en temps un élastique quand elle avait un petit creux). Secundo, elle ne s'était pas aperçue qu'au moment de l'écrasement par l'enclume, la colle d'un des tubes avait giclé sur le sol et que ses chaussures étaient à présent fortement arrimées aux dalles.

Nous voilà revenus juste au moment où la tête de Marie se décide enfin à passer sous le tapis (mais dans quel état!), entraînant à sa suite l'épaule et le tronc, qu'elle avait fort menu bien qu'avec une assez forte poitrine, mais comme on dit lors des accouchements “quand la tête est passée, pffuitt Madame, ça va tout seul...” À ce moment, la main et le bras de Marie était déjà en train de ressortir de l'autre côté du tapis qui se donnait un mal de chien depuis quelque temps pour répondre très professionnellement (une qualité qui se perd, là comme ailleurs) à l'ordre que cette jeune femme pour laquelle il s'était pris d'affection lui avait donné. Soudain libéré, il a soudain pu reprendre gaiment son train d'enfer et à partir de là, suivant les témoins qui ne pleuraient pas trop de rire pour voir distinctement, tout est allé très vite. Le corps de Marie a continué à s'enrouler autour du tapis et il faisait déjà deux tours complets (soit environ 5m60 de long) quand ses pieds ont enfin pu quitter les chaussures... Il fallut encore quelques bonnes minutes pour que quelqu'un appuie sur l'arrêt d'urgence. Les cris de Marie avaient certes cessé depuis un certain temps, mais c'est vrai que les “flap, flap” de ses pieds tapant son menton devenaient agaçants.

Les pompiers eurent toutes les peines du monde à dissocier du tapis cet élastique géant qui avait été la sympathique Marie. Avec une figure de 90 centimètres de long, elle était à peine reconnaissable, d'autant que la pauvre n'avait jamais su se maquiller avec goût (qu'on en juge sur l'instantané ci-contre). Avec Noël qui approche, beaucoup de gens se sont inquiétés des pauvres orphelins et tout le monde a été rassuré d'apprendre que Marie n'avait pas d'enfants. En effet, son mari, joueur de belote passionné, avait été émasculé à la fin d'un tournoi qui avait mal tourné et, depuis, ils chérissaient leurs petits neveux.

Quand la petite Térébenthine-Saxifrage, 8 ans, a appris que sa tata Marie ne lui ferait pas de cadeaux cette année, elle s'est mise à pleurer d'une façon qui aurait tiré des larmes à une pierre. Ses pleurs furent vite séchés (vous savez comment sont les enfants...) quand le directeur du magasin lui donna l'idée de se servir des restes de sa chère tata comme guirlande autour du sapin. Quelle joie ce fut alors pour l'inconstante petite Térébenthine-Saxifrage! Joie redoublée quand le même directeur lui offrit un sac de boules clignotantes jouant toutes Vive le vent à l'unisson (ou White Christmas, au choix) pour aller avec.

Une nouvelle fois, comme dit l'autre: “tout est bien qui finit bien”. Oui, malgré le coronavirus, la magie de Noël est toujours là!

Le cri etire 1

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