Figea-quoi ?

Allumette historique (2)

  • Le 04/01/2021 Mis à jour le 10/02/2021
  • Dans Et Torbi
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Vous avez été nombreu& à répondre, voici donc la vérité. Nous vous rappelons les cinq propositions. Cette allumette historique qui a été la complice involontaire d'une grande catastrophe, a servi à:
   1. Allumer le bûcher de Jeanne d'Arc.
   2. Allumer le feu qui a ravagé le Reichstag en 1933.
   3. Autre chose.
   4. Tout à fait autre chose.
   5. VRAIMENT tout à fait autre chose.

D'abord, si vous avez répondu 1 ou 2, vous avez complètement tort. Si vous avez répondu 3 ou 4, vous avez plus ou moins raison, ce qui n'est pas suffisant. Et donc, vous vous en doutez: il fallait répondre 5.

Car cette allumette historique pieusement conservée par cet arrière-grand-père nommé Jean Faydayton (il était natif de Southampton, ce qui aurait pu être un autre indice, mais qui vous aurait mis trop facilement sur la piste) lui a servi à allumer un journal qui lui-même a mis le feu à un bout de carton qui a enflammé un petit tas de copeaux astucieusement disposé. De là, les flammes se sont propagées à des petites bûchettes qu'il avait imprégnées d'un carburant secret dont la recette lui venait de sa grand-mère. Le feu, plutôt modestement joyeux, aurait encore pu être éteint facilement, mais il n'en fut rien. Au lieu de ça, devant le regard réjoui de Jean et d'un de ses acolytes dont l'Histoire n'a pas retenu le nom, les flammes commencèrent à lécher avec avidité l'écorce d'une bûche qui elle aussi se mit à brûler. Un simple verre d'eau bien dirigé aurait encore suffi à éviter l'irréparable, mais là encore il n'en fut pas question, les deux hommes étant au contraire au bord de la pâmoison. Les flammes, laissées libres de tout mouvement, se mirent à sauter de bûche en bûche: en quelques minutes, la fragile flamme de l'allumette que Jean Faydayton avait gratté sur une jambe de son pantalon était devenue brasier. Conscient de la portée historique de son geste, Jean avait mis cette allumette à moitié consumée en lieu sûr dans la poche de sa chemise.

Or, pris d'un soudain et noir pressentiment, il se rendit compte qu'il était peut-être en train de commettre un acte que l'humanité entière pourrait bientôt lui reprocher (bien qu'il ne fît qu'exécuter l'ordre qu'on lui avait donné, mais les gens sont si méchants). Repoussant avec difficulté l'étreinte de plus en plus excitée de son acolyte, il se saisit alors comme un fou du seau plein qui était à ses pieds et lança son contenu sur les bûches. Hélas (comme quoi, on dira de qu'on voudra, mais on ne peut échapper au destin, fermez les parenthèses), ce n'était pas de l'eau, mais de cette mixture secrète dont il avait enduit les bûchettes. Le résultat bien sûr fut immédiat autant que foudroyant: un formidable souffle brûlant mis le feu à tout le bois qui restait encore intact. Jean et son acolyte furent projetés en arrière, les sourcils et les poils du nez carbonisés (heureusement pour eux, ils étaient déjà chauves, sinon ça aurait été bien pire).

Ils eurent toutes les peines du monde à s'approcher suffisamment de la fournaise pour fermer les portes de ce qui était en fait une chaudière. L'eau contenue dans son immense réservoir était déjà tiède: elle n'allait pas tarder à bouillir et à se transformer en vapeur qui allait déclencher le premier tour d'hélice du Titanic! On connaît la triste suite...

Après le drame, Jean Faydayton fut effectivement interrogé, mais heureusement il put prouver qu'il avait obéi à l'ordre d'un vague supérieur qui lui-même faisait partie des disparus. L'affaire en resta donc là, mais on conseilla fortement à Jean de changer de nom pour échapper à la vindicte populaire. On le connaît donc plus aujourd'hui sous son nom d'emprunt: Jean Faydaykayce. Pour la petite histoire, il mourut en 1952 dans la misère et oublié de tous, sauf de cet acolyte avec qui il s'était mis en ménage.

Quant à l'allumette, elle échappa à toute investigation sérieuse. Sinon, elle aurait pu dire, comme tout le monde le ferait à sa place, que si ça n'avait pas été elle, ça aurait été une autre. Certes, mais quand même...

Allumette

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